éphéméride.26

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

28 mars

     Bonheur fragile, bonheur éphémère, bonheur impossible, bonheur de l’instant, bonheur minuscule, bonheur fugace, bonheur illusoire, bonheur pur, à la bonne heure, merci… Sentiment de gratitude, bonheur ressenti comme une grâce, plénitude paradoxale puisqu’elle est renoncement, anticipation et acceptation de la perte, Passent les jours et passent les semaines / Ni temps passé / Ni les amours reviennent … On ne sait pas pourquoi mais on le reconnaît, on a en soi son empreinte indélébile, nous sommes faits pour lui, même si… le bonheur nous fuit toujours mais nous l’espérons aussi toujours… le moindre rayon de soleil nous réchauffe le cœur. Faut-il qu’il m’en souvienne / La joie venait toujours après la peine … La joie ne vient plus quand le cœur est empêché, et c’est une sorte de maladie, car nous nous sentons alors étrangers à nous-mêmes.

***

29 mars

     Le vent immense souffle et les arbres démunis oscillent et n’y peuvent rien. Je les regarde à travers l’immense baie vitrée qui signe l’architecture démodée de ce lieu. Ils se balancent et ne me convainquent pas que l’on est bien ici. Mais au moins il y a les arbres et les nuages, et les mouvement du vent, dont me sépare la baie vitrée, rendu sensible presque, du moins visible, par leur balancement. Il borde ma conscience, en dessine les marges. Évidemment l’important n’est pas là, ce n’est pas ce que le sérieux de la vie nous enjoint de noter, de remarquer, de souligner, de constater, le sérieux n’est pas là mais l’essentiel y est tout entier, là, dans le balancement des arbres en bordure de ma conscience, dans le vent immense d’un printemps glacé, ils sont encore dépouillés de l’hiver, et nus, et quelque chose demeure en eux de notre chagrin, mais leur mouvement borde ma conscience, ils oscillent, en direction du ciel et d’une lumière qui viendrait, qu’importe ? Ils ouvrent l’espace et m’attirent à eux. Qu’importe ? Au moins il y a de grands arbres, hors d’atteinte derrière la baie vitrée, mais leur présence me rassure et signifie clairement que le monde est capable d’accueillir nos rires.

***

éphéméride

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