prière

Le ciel

LA REVENANTE

Atelier d’écriture de François Bon

Mes contributions

     Le ciel est l’espace blanc de la page et l’obscurité de la nuit, la présence amicale de la lune et la fantaisie des nuages, la lumière qui se déploie en prenant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, le voyage de ceux-celles qui ne partent jamais, le refuge ultime des exilés, le seul espace de liberté des prisonniers, le prolongement infini de nos vies, le miroir de nos chagrins, la métaphore de nos tourments, le puits sans fond de nos questionnements, le point de fuite de toutes les espérances, le vent qui gonfle les voiles des navires, le roulement incessant des vagues de nuages, l’immensité insaisissable de la mer, l’envol d’un albatros, le labeur des marins, les labours de la plaine, les plaintes ou les prières des vivants, la foi du charbonnier, la noirceur des méchants, le feu rougeoyant de l’enfer, la damnation de Faust et le salut des Innocents, l’Apocalypse et la Jérusalem céleste, les visions prophétiques, les prévisions météorologiques, l’azur qui annonce l’arrivée des hirondelles et fait monter le chant des alouettes, la joie qui fuse, l’échappée d’un bateau ivre, le songe d’une nuit d’été, la clarté d’une faucille d’or, l’incandescence des étoiles, les spirales de Van Gogh et les lumières de la Ville, le soleil qui aveugle, la pluie qui transperce, le vent qui renverse, la tempête qui se déchaîne, l’orage qui foudroie, le désespoir qui gronde, le brouillard qui égare, la brume enveloppante, le havre d’un port, la silhouette d’une épave échouée, les voiles d’un vaisseau fantôme… Souvenirs ensevelis sous la neige de la mémoire brumeuse… émergence de l’image d’un ciel d’une tristesse infinie… tentures noires et grises déroulées du haut des toits le long des murs… mélopée intarissable de la pluie… reflets blafards sur les trottoirs mouillés et voilure monochrome de la lumière du jour… marche lugubre au son du glas dans les pas d’une mère éplorée, d’un frère effondré, d’un père raidi dans la douleur… accident ou suicide, on ne savait pas… la procession funéraire avançait dans un silence effroyable… une couronne formée par quelques faibles rayons de soleil filtrés par les nuages déchirés semblait suspendue au-dessus du corbillard… le regard hébété des vivants s’accrochait à la moindre lueur vacillante pour accompagner la jeune morte jusqu’au seuil de sa dernière demeure…

C’était comme une prière

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Je te regarde dormir. Quand je regarde ton sommeil, je suis en surplomb au-dessus du monde. Plus rien ne compte, pour un instant suspendu, que la tranquillité de ton repos.

Tu dors. Tu ne bouges pas. Presque pas. Des rêves passent sous tes paupières, que je ne devine pas. Ton souffle est si léger, qu’il m’est arrivé de me pencher vers toi et de l’écouter. Il m’est arrivé de me pencher, de passer très légèrement un doigt sur ton visage, au-dessus de tes lèvres, pour ressentir le souffle de ta vie. Dans le silence le plus complet de la nuit. C’était comme une prière à ta vie. Un rituel très prudent et silencieux.

Tu dors. Tu ne bouges pas. Tu as trouvé des gestes dans le sommeil où déposer ton être tout entier. Tu as trouvé les positions de ton absence au monde. Il n’est pas utile de les décrire dans les mots. Je ne devine même pas les impressions qui sont les tiennes. Elles appartiennent à un temps autre que le mien. Je ne les ai pas. Tu dors, étrangement, dans les lointains de ton sommeil. Et parfois un mouvement indique la profondeur de tes rêves.

Je te regarde dormir. Je te regarde t’endormir. Cela demande la patience de l’immobilité. Je fais même attention à mon souffle, à la façon dont il passerait sur toi. Quand tu t’endors contre moi, tu as une façon très particulière de garder un point silencieux de contact entre toi et moi, n’importe lequel, mais il demeure dans le sommeil un point de contact silencieux et tacite entre toi et moi, ton front contre mon épaule, ou tes pieds contre mes jambes. En sorte qu’il est très difficile, ensuite, de te déposer dans ton lit sans trahir ton sommeil ou ta confiance, je ne sais pas.

Tu te retournes mystérieusement dans le silence de ton sommeil.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 25 mars 2012.