mots décousus

La grâce infinie de l’enfance

par Isabelle Pariente-Butterlin 

 

Je ne suis même pas sûr qu’il soit possible, là, de déposer des mots.
Là : sur la grâce infinie de l’enfance.

Rien de ce que j’ai lu d’elle ne m’a parlé de toi.
Regards sans grâce des adultes se regardant regarder l’enfance, comme ces mères aux traits trop dessinés, trop appuyés, sans doute maquillés, qu’on trouve sous la plume lourde de telle poétesse se regardant être mère. Ennui. Leur maternité ne m’intéresse pas.
Il y a peut-être, je l’admets, infiniment émouvante, la scène de terreur que raconte Rilke dans les Cahiers de Malte Laurids Brigge quand, déguisé, ayant amoncelé sur lui des épaisseurs de vêtements et de masques, et de solennité adulte, empesé, dépassé, je crois même, par le sabre de son grand-père, mais de cela je ne suis plus sûre, et je n’ai pas envie de le relire, tant la grâce, dans mon souvenir, est intacte, et tant que je crains, à tort, qu’elle ne s’efface, il se sent soudain pris au piège de son déguisement dont il ne peut plus se défaire, et hurle de frayeur, arrachant toute chose.
Cela, peut-être, est un geste d’enfance. Pour le reste, nos mots y sont un échec.

Je ne sais pas pourquoi c’est ainsi, je ne pourrais pas tout à fait expliquer ce phénomène, j’ai des idées bien sûr, et des hypothèses, qui viennent me traverser tandis que je te regarde passer, mais ta grâce, à ce moment-là, s’entoure d’une très fine protection de silence, et voilà que les phrases viennent se briser là, doucement, comme de très petites vagues, et elle demeure intacte et silencieuse. Ou bien est-ce qu’elle évolue, qu’elle se déplace puis se déploie à une très légère distance du monde, qui pourrait être là la raison pour laquelle elle me paraît parfaitement en son lieu ici, aux bords des mondes, sans qu’il me soit possible de la dire ? Parfois, les bras m’en tombent.

Parfois je me dis, mais ce n’est pas une bonne hypothèse, que nos mots sont saturés de représentations et de l’air lourd de nos existences, et que les déposer là est une erreur, puisque là, il n’y a encore rien de fossile. Pas encore. Ça viendra, mais pas encore, pas pour le moment. Je me demande quelle strate de souvenir, et de pesanteur, et de poussière il faut que nos pas d’adultes soulèvent avec eux pour qu’il nous soit impossible de simplement te regarder en se disant « elle joue » et de saisir par là quelque chose de ta grâce.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 3 mars 2012.

 

Le coeur battant de la Mémoire

comme un métronome assourdi mais parfois assourdissant rythme de la vie tempo de l’oubli Je s’absente au rythme de ses souvenirs jeu fictionnel frictionnel de la mémoire la déchirure au cœur le cœur en bandoulière Je joue du banjo Je s’amuse avec Mnémosyne mimesis jeu sérieux jeu principal Je, prince de la Mémoire composition partition partage MIDI minuit nuit lumière Lucifer pièges tombeau de la Mémoire tombe eau de l’oubli flux clapotis de l’écoulement pulsation pluie de sensations oubliées qui tambourinent doucement contre les vitres de l’oubli écran écrin mettre à l’abri gouttes de souvenirs élixir poison douceur douleur émotions intactes refoulées passage interdit frontière infranchissable barricades insurrection passages souterrains terrain miné guerre et Paix combat mortel de la vie lutte à mort Mémoire vivante soubresauts soulèvements apaisement fatigue usure trame effilochée raccommodage va-et-vient de l’aiguille dessus dessous de-ci de-là vocalises voix voie Lactée regarder le ciel la durée du ciel depuis le big-bang TOUT d’un seul coup d’oeil en écoutant le chant des étoiles