HAUTE NUIT (Christiane Burucoa)

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HAUTE NUIT

En ce pays de hautes roches
Chaque passage ouvre un dédale
Où celui qui va s’ensorcelle
Du choix de tant de labyrinthes.

En bas, les tracteurs s’époumonent
Les troupeaux imprègnent les haies
De l’antique odeur du suint
Rappel de cendre et d’immortelles.

Les bêtes courent vers l’étable
L’abri, le foin, le sel et l’eau,
Les femmes activent les feux
Portent l’eau, le sel et le pain.

Du soir qui vient sourd un murmure
Qui dialogue avec le silence
Dans le court instant où la nuit
Va submerger le crépuscule.

C’est alors, dans la solitude
De qui guette l’éveil de l’être
Que l’immensité de l’attente
Suspend l’avance du néant.

(Christiane Burucoa)

Illustration: George Inness

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Πελαγία Φιτοπούλου, Κατ’ οίκον

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ναι,ναι σφουγγάρισα ναι
έπλυνα, ναι
οι νυχιές στον τοίχο
είναι η γδαρμένη απ’την νοσταλγία
αφηρημάδα σου
Το ξέρω ότι είσαι νεκρός
Μα, φαίνεται ακόμα λερώνεις
κι αυτό πικρό
τα ποντίκια το φτύνουν
Σκεπάσου τουλάχιστον
τώρα ταίζω και ανθρώπους

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Trajet

   Après le déménagement, j’ai continué d’aller à l’école primaire de la ville de H. Le trajet était long, la sacoche était lourde. L’hiver, après la place de l’Octroi qui séparait les deux communes, la route du retour devenait sinistre. La rue des Murets était interminable avec sa rangée de maisons tristes trouée par des courées et, sur le côté opposé, son terrain vague aux herbes folles d’où pouvaient venir tous les dangers. Je préférais le côté des maisons, qu’un éclairage public faisait émerger de la nuit à intervalles réguliers. Dans les espaces non éclairés, je pressais le pas en guettant les ombres. Je commençais à me rasséréner quand j’apercevais l’angle que formait la boulangerie avec l’axe qui amorçait la rue où nous habitions désormais. La vitrine me semblait illuminée comme un phare. Courage ! Le port était en vue. Quand, enfin, je m’engageais dans notre nouvelle rue, le soulagement que je ressentais laissait de nouveau la place à un sentiment d’oppression au fur et à mesure que je m’éloignais du chaud rayonnement de la boutique. Il fallait encore marcher pendant plusieurs dizaines de mètres. Je m’enfonçais dans une espèce de couloir obscur en pente légèrement ascendante dont les parois reproduisaient à l’infini, jusqu’au point de jonction visuel de leurs deux lignes parallèles, les stries verticales correspondant aux portes et aux fenêtres. La rue, qui était pourtant longue, n’était éclairée qu’à ses deux extrémités et au milieu. J’avais pour ma part divisé le territoire de la rue en trois parties, de la plus familière à celle que je fréquentais le moins. Si je faisais souvent le trajet de la boulangerie à la maison, les deux autres tiers de la rue étaient le début d’un périple plus rare qui pouvait conduire jusqu’au centre de la ville d’A. Quand je jouais au Jokari, mon jeu se positionnait sur la fin du premier tiers et le début du second. C’était ce point-là que je fixais mentalement et que j’essayais de discerner dans la pénombre en tâchant d’oublier le poids de mon sac et la pesanteur de mon cœur. Je ralentissais le pas, je retrouvais de la force et du courage au moment de l’arrivée. La façade de la maison se rapprochait, me souriait. Quand je tournerais la clenche de la porte, je me glisserais dans son repli hospitalier, à l’abri du monde.

HAÏKUS

Poudre de soi

tendres pensées aux pétales fragiles

corolle de l’âme en prière

que butinent des ailes de lumière

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Z

pluie d’orage

lueurs orange

son du canon

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Pluie d’été

vapeur verte

gouttelettes dorées

brume festive dans le jardin

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Fête

parfum des aubépines

tous les arbres sont en fleurs

le hêtre achève de déployer ses feuilles

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L’été

chant d’un oiseau

frondaison douce

brise légère

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Changement d’ère

le vent

en rafales

déroule de noirs dessins

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Dans un creux de la nuit

lucarne ouverte aux étoiles

lune scintillante

chevauchée de nuages

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Idyllique

clarté de l’eau

de l’air

de la nuit sous la lune

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