Je me souviens si bien de la légèreté de ces jours

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Je me souviens trop de moi, enfant ; je ne sais pas toujours te répondre en adulte.

Je me souviens de ma terreur devant la porte de bois bleu gris. Il y avait les instants du trajet en voiture, à l’avant. La tartine entre les doigts jusqu’aux derniers moments. Puis il fallait bien abandonner et affronter son sort. À présent, la petite porte bleue est éternellement fermée. Elle donne latéralement sur la cour. Je la poussais sous le regard que je devinais encore sur moi de mes parents. Se retourner. Un geste de la main. Un baiser dans l’air. Puis il fallait aborder le perron, l’escalier, la rampe de fer forgée. Quand nous les redescendions le samedi, c’était avec la gloire des médailles ou des croix que nous portions. Ou l’opprobre de nos tabliers vides. Nous sortions devant la haie immense des parents.

Je me souviens trop de ma terreur pour lâcher ta main aujourd’hui.

Tu ne te pencheras pas sur tes cahiers. Tu ne t’appliqueras pas à tracer des traits à la règle. Tu n’auras pas peur du contrôle qui plane comme une menace sur ta petite tête ébouriffée. Tu n’affronteras pas la cour, la cantine, les autres. Pour une fois. Tu ne recopieras le tableau d’une main appliquée. Tu ne repousseras pas les copeaux de ton crayon. Ni ceux de ta gomme. Ce n’est pas grave.

Je me souviens si bien de la légèreté de ces jours.

Tu n’iras pas, c’est tout. Il n’y a pas d’excuse. Pas de raison non plus. Tu n’iras pas. Tu garderas ma main. J’irai travailler avec toi. Nous prendrons le bus. Nous traverserons le jardin. Je te montrerai les narcisses et les jonquilles des premiers moments du printemps. Tu n’iras pas, c’est tout. C’est comme ça. Tu n’iras pas comme moi j’aurais pu ne pas y aller. Il n’y a pas de raison. Ou peut-être les crocus sont-ils la meilleure excuse que je puisse donner. Et le soleil qui demain aura disparu.

Tu n’iras pas, c’est tout, et je te montrerai la différence entre les narcisses et les jonquilles qu’autrefois mon père m’a apprise.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 16 mars 2012.

 

Ta note, ta tessiture intime

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Échos de toi, toi à peine née.

Quelque chose d’avant le langage. Une affirmation radicale et silencieuse. Tu vois, moi qui suis entrée sans m’en apercevoir dans le monde des adultes, je pose des termes savants sur cette impression essentielle de silence. Cette impression de silence que je rencontre sans cesse dans le lien au monde. J’ai dû l’apprivoiser. Je tente de me rapprocher de ce silence essentiel entre quoi les phrases, avant de se dérouler, après s’être déroulées, sont suspendues.

La première impression de toi. La toute première.

Celle, avant même que je dise ton nom, et que nous ayons l’habitude de nos présences liées. Première et très exacte impression de toi. Toi impressionnant mon être de tout ton être. Quelque chose, sans doute, comme une impression photographique de ton âme dans la mienne. Et très signifiante impression de toi.

Comme si la première impression de toi était la note que tu allais tenir.

Ta note, ta tessiture intime. Celle de ta voix aussi. Plus tard. Celle qui sera la tessiture de ta voix, mais pas seulement. Elle sera aussi la grâce de tes gestes, le rythme de ta démarche. Comme si, dans la première note, tout le phrasé de la vie était là. Longtemps après, échos de toi à peine née en toi te déployant. Dans la manière que tu as de déplacer l’air. Simplement cette vibration de toi que je reçois, quand tu entres dans la pièce, dans une région qui doit être celle du cœur.

Reste-lui fidèle.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 mars 2012.

 

 

Mobilisation générale

Avatar de raannemariMes coups de coeur

La Commission européenne se propose de faire revivre l’Accord Multilatéral sur I’Investissement (AMI), victorieusement combattu dans les années 1990. Cet Ami qui nous veut du mal porte aujourd’hui un nouveau nom, le RDIE (Règlement des différends entre investisseurs et Etats), mais son principe reste le même : permettre aux multinationales de contester des politiques publiques, en portant plainte contre les Etats devant des tribunaux internationaux où le droit belge n’est pas d’application. A la clé, les multinationales peuvent s’en prendre à des politiques sociales (comme le salaire minimum ou le maintien de l’index) et, en cas de victoire, gagner des millions d’euros de dommages et intérêts payés avec l’argent de nos impôts !
Pour combattre ce projet, il est impératif de répondre massivement à la consultation publique lancée par la Commission européenne sur ce sujet. Malheureusement, le texte de la Commission européenne est écrit dans un jargon technique qui le…

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Salon International de Pastel de Saint-Aulaye (24)

Avatar de Michèle Duretête-BrodelMichèle DURETÊTE-BRODEL

A partir du 26 juillet prochain et jusqu’au 24 août,  Saint-Aulaye (Dordogne), temple reconnu du pastel, ouvre les portes de son Salon International.

Plus de 340 oeuvres à voir sur 3 sites :

– l’exposition principale au Centre de Loisirs (240 tableaux) où j’ai le plaisir d’y avoir 3 tableaux sélectionnés

– Une exposition temporaire de pastellistes professionnels au Musée du Pastel (une quarantaine de tableaux)

– l’exposition des élèves de l’atelier pastel à la Salle de l’Horloge (plus de 70 tableaux)

St Aulaye 2014

Pour son édition 2014,  le salon reçoit la pastelliste australienne Léoni Duff comme invitée d’honneur.

Sur son site, elle se définit ainsi :

« I am motivated in my art to reflect a sense of wonder and appreciation at the work of the Creator. I see beauty, design, order and drama in simple objects, landscapes, the human form and the endless material in…

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Il suffirait presque de fermer les yeux

Isabelle Pariente-Butterlin

 

Autrefois je reconnaissais son pas au rythme qui était le sien. Je me souviens bien de ce temps. Je tente seulement de ne pas trop rappeler ces souvenirs. Il vaut mieux les effleurer. Mais pas plus. Les brumes du souvenir sont montées.

Il y avait une certaine séquence sur le monde qui signalait son retour.

Elle mettait un point final mon attente dans le soir venu avant elle. Et à mon impatience aussi. Elle en suspendait la tension. Chaque pas, le sais-tu ?, se dépose sur le monde avec son rythme propre. Chaque pas, à son rythme, un pas puis l’autre, avancée, un pas puis l’autre, sur le monde, se dépose selon le rythme de la marche. Il suffit de le laisser se déployer. Il suffit, rien de plus, d’une attention musicale pour le reconnaître entre tous. Il suffirait presque de fermer les yeux. Chacun a droit à cette musicalité de l’attention.

Puis, à ma rencontre, sont venus les tiens, les tiens, sur la surface de ce monde, à ma rencontre.

Rythme propre, pulsation. Tes pas, à ma rencontre sur le monde. Nos trajectoires cherchent à coïncider. Ta verticalité est incertaine. Oscille. Vacille. Alors mes bras tendus vers toi. Ligne droite, la plus courte. Je me place sur elle pour que dans mes bras tu termines le mouvement. Rythme propre, pulsation. Tracée par toi. Parfois elle dévie un peu. Tes pas martelant la surface du monde.
J’ajuste les trajectoires, je réajuste nos mouvements. Le monde se réoriente. Toi, très incertaine, à ma rencontre, approximative. La transparence de l’air se polarise de toi. Monde très ancien soudain neuf de toi. Le rythme de tes pas entr’ouvre les possibles. Il éloigne l’horizon.

Je me repère à l’Orient de tes pas.

Isabelle Pariente-Butterlin _ Licence Creative Commons BY-NC-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 mars 2012.


Un jour pour toujours

 

Je ferme les yeux
La tête appuyée contre mon poing fermé
Encore consciente
Pour combien de temps
Un jour je glisserai ainsi
Tout doucement je l’espère
Dans le grand sommeil inimaginable

Qui ferme la vie