éphéméride.10

20 février

     Je l’estime, c’est une personne de grande qualité. Que se passe-t-il? Je suis saisie d’étonnement. J’interprète son commentaire comme une fin de non-recevoir. Se peut-il? Je m’étrangle d’indignation. Non, c’est impossible. Le refus de la discussion ne coïncide pas avec l’image que j’ai de cette personne, avec l’idée que je me fais de son ouverture d’esprit, de son intelligence, de sa sensibilité… Je tente une nouvelle approche. Je réitère mon point de vue sur la question que je lui avais soumise et qui me semble très importante. J’obtiens la même réaction de fermeture. Je ne m’attendais pas à heurter mon interlocuteur à ce point. Ai-je vraiment bien interprété ce qu’il m’a rétorqué? Suis-je capable d’accepter un profond désaccord?…

     Je pense que je suis assez bien informée, je multiplie mes sources, et je m’efforce à la prudence. Les situations sont toujours d’une extrême complexité et les certitudes sont le plus souvent dangereuses, je le sais. Mon interlocuteur ne me connaît-il pas suffisamment  pour ne pas penser que je ne puisse pas faire la part des choses et ne sois pas capable d’une discussion honnête?… Le sujet est brûlant. Suis-je à ce point hétérodoxe?… Comment expliquer le refus de discuter autrement que par la volonté de préserver le regard que l’on a sur le monde, ou par la croyance enfantine que tout irait bien, in fine, dans le meilleur des mondes possible? Sans doute est-il rassurant de penser que les Cassandre n’ont pas toujours raison?… Mais je ne veux pas me voir attribuer le rôle de Cassandre. Je veux seulement avoir le droit de réfléchir et d’exprimer éventuellement ce que je pense au cours d’une discussion loyale et sincère. Est-ce possible?…

***

21 février

     Journée vide. Presque rien. Temps gris et froid. Rester à l’intérieur, pas loin du canapé, ou sur le canapé, parfois par terre, adossée, envoyer des mails, faire tourner une lessive, revenir sur le canapé, défaire une valise, en refaire une autre, passer un appel téléphonique, tout en étendant le linge, et puis revenir au clavier de l’ordinateur, terminer, recommencer, laisser en plan quelque chose, d’autre. Sortir un instant dans le froid, rendre un livre, en prendre un autre, presque rien, tout cela est sans importance, une journée vide, comme un sas entre deux lieux, passer par là, marcher, j’ai voulu sortir marcher, prendre des photographies, cette idée en tête que ce quartier n’est pas si laid, qu’il faudrait savoir le regarder, journée vide, comme mon regard, mes pensées, et ces rues, désertées, étrangement vides, il faut croire que tout le monde est parti en vacances, mais tout cela est sans importance. J’ai seulement constaté que le laurier-rose que j’abrite du froid dans l’appartement a fait de nombreuses nouvelles pousses pendant mon absence et que lui, du moins, semble croire à un printemps même si c’est un printemps artificiel.

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éphéméride

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