éphéméride.11

22 février

     Tu m’as posé une question, j’étais à mille lieues de mes souvenirs et brutalement, ta question, je n’y étais pas préparée, faut-il que la douleur soit toujours présente, je n’avais pas anticipé ta question et je n’ai donc pas mis en œuvre les réflexes pavloviens qui d’habitude me protègent, je ne pensais pas que j’étais si vulnérable encore et que le système d’autodéfense que j’ai pu mettre en place avec le temps pouvait me trahir ainsi à ce point… Pourtant, puisque tout change sans cesse, les émotions et les affects ne devraient-ils pas eux aussi se trahir et s’effacer? Qui suis-je vraiment, puisque la construction de moi-même s’effondre sous le souffle de souvenirs lointains que j’imaginais neutralisés? Vieillir consiste-t-il à élever encore et encore des digues vouées à s’écrouler pour empêcher les douleurs passées d’envahir le présent? Ou dois-je penser que le noyau dur de ma personne est constitué d’éléments qui m’échappent et que je ne pourrai jamais contrôler?…

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23 février

     Je ne sais pas du tout ce qu’il faut faire pour entrer frontalement dans la matière du monde. Alors quand il y a une journée comme celle-ci où je n’ai absolument rien d’autre à faire que de travailler des concepts, et où tout cela tient en apesanteur dans un espace dont toutes les contraintes sont exclues, elle devient finalement une parenthèse chaude et tranquille, au cœur du froid de l’hiver. J’ai seulement, de temps en temps, levé les yeux de mon écran et de mes livres pour tenter de saisir dans les arbres la silhouette d’un écureuil qui se balançait sur les branches souples des arbres, mais à aucun moment je ne suis parvenue à en voir un. C’était une journée hors du monde et du temps, et je peux attendre de demain qu’elle en aille de même, je sais parfaitement que cela ne durera pas, alors que c’est à peu près mon lieu naturel, mais au moins il y a dans ces jours comme la prise d’un élan pour revenir traverser le réel d’un pas un peu plus assuré. Seulement j’aurais bien aimé, à l’improviste, repérer un écureuil en équilibre, prenant son envol d’une branche à l’autre, et laissant tomber à terre les coques des amandes qu’il dévore. Derrière cette absence, les nuages passaient, défilaient très rapidement, le vent qui les chassait fit revenir le soleil et c’est dans le soleil que je vis, sur le ciel désormais bleu, les premiers bourgeons sur un arbre abrité du froid et du vent entre deux maisons.

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éphéméride

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