éphéméride.9

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

17 février

     Il fait froid mais beau. Entre midi et deux, je décide de prendre l’air. Parcourir les rues de la ville consiste à l’habiter. J’aime prendre rendez-vous avec elle pour en redécouvrir les particularités. La boulangerie du coin me procure de quoi me restaurer tout en marchant. J’avance lentement, le nez levé vers les toits. Le ciel est bleu, avec quelques nuages blancs espiègles. Se promener ainsi est une fête. Je me dirige vers les canaux du vieux quartier et le parc immense qui le jouxte. De là, je le sais, la perspective offerte sur la cathédrale est exceptionnelle. Je regarde tendrement en passant les petites maisons de torchis sur les appuis de fenêtre desquelles, en été, rougeoient des géraniums. La pelouse du parc est encore recouverte de givre. L’espace est désert. Je me dirige vers un banc que j’ai expérimenté pour avoir la plus belle vue, à mes yeux, sur la cathédrale. Je m’assois et m’abîme dans la contemplation, bien emmitouflée… La beauté des lignes de l’ouvrage gothique rassure sur les capacités des êtres humains à aimer et à vouloir le beau, peut-être le bien… Comment ne pas penser ici à Victor Hugo, ou à Marcel Proust?… Quelques mésanges zinzinulent sur l’arbre voisin et m’empêchent de sombrer dans des pensées trop sérieuses. Je m’accroche à la légèreté de l’instant comme elles s’agrippent aux branches, en acrobates…

***

19 février

     Ce fut un jour de printemps sans espoir, de pur bleu, de pur soleil suspendu entre tous les écueils de l’hiver. Ce fut un jour de pur soleil et d’écume étourdissante. Nous étions sans espoir. Les tickets s’accompagnent dès l’aller du retour. Quitter la ville était donc sans espoir même si la mer et son bleu immémorial nous éblouirent. Ce fut un départ sans espoir. La ville nous attendait. Ce fut la mer et le soleil et l’écume. Plein soleil. Plein vent. Puis évidemment il fallut rentrer. Dès le matin il fallait rentrer. Ce fut une journée éblouissante d’écume. Pure suspension dans la ville. Puis on retrouva les quais de la gare et l’attente de la navette et dans les embouteillages sur l’autoroute le chauffeur cherchait une solution. Et nous ne comprenions plus du tout ce que nous faisions dans ce monde.

***

éphéméride

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