éphéméride.7

Impressions du jour

Texte écrit en alternance avec Isabelle Pariente-Butterlin, que je remercie

de m’avoir proposé ce nouvel échange.

     « Il y a quelque chose qui se joue dans notre échange, autour de la vérité des jours, qui ne pouvait naître que […] de la sincérité de l’écriture dans l’échange. Il nous emmène très sûrement dans l’inexploré. »

     I.P., 2 mars 2015

13 février

     Tristesse… Je suis triste car un enfant que je connais vient de subir la cruauté de l’injustice sociale, la cruauté tout court… Je suis triste parce que ce SDF dont personne ne dit plus le nom vient de mourir dans la rue… Je suis triste parce que cet homme sans vergogne dont le procès passe en boucle à la télé ne regrette pas les mauvais traitements qu’il a infligés aux femmes qui l’accusent… Je suis triste parce que cet élu local très connu qui a décidé d’armer les policiers municipaux de sa ville considère par voie d’affiche que le revolver est un ami… Je suis triste de voir la haine se distiller partout, je suis si triste, il y a tant de raisons d’être triste !…

     Tristesse et colère… Le monde est hostile, mais si nous unissions nos forces au lieu de nous combattre? Sommes-nous à ce point égoïstes ou mauvais que les faibles et les doux deviennent nos proies? Qu’apprenons-nous à nos enfants? Quelle expérience leur transmettons-nous du monde social? La vie pourrait être belle si l’ensemble du collectif le désirait, malgré la dureté du monde physique et de la condition humaine, si la bienveillance et l’indulgence régulaient nos relations avec les autres et les rendaient simples, faciles, réconfortantes. Aimés-aimant, nous serions toujours heureux et joyeux… Je suis si triste…

***

14 février

     Il fait froid. Ce pouvait être une mauvaise journée. Ce devait être une mauvaise journée. Elle n’est pas faite pour répondre aux attentes. On s’en méfie. Il y aura bien des choses à faire mais on s’en méfie. Il fait froid et gris. Je sors tout en regardant sur l’application de la RATP le temps que cette course va me prendre. Étrangement l’application conseille un court trajet en métro et une longue marche à pieds. Je pressens que c’est absurde mais à tout prendre, je préfère marcher. Je remonte la rue en direction de la station de métro et une pluie glacée commence à tomber, tandis que le soleil perce. C’est toujours cette capacité du monde à se renouveler alors qu’on n’en attendait plus rien. Il reste seulement à faire de même. Le corps vertical et immobile descend sur un Escalator vers les profondeurs du métro.

***

éphéméride

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