Crépuscule d’hiver —
Et la berceuse des pins
Endort le village.
***
Tossing pine trees
Lulling a village to sleep
In the winter dusk.
(Richard Wright)
Crépuscule d’hiver —
Et la berceuse des pins
Endort le village.
***
Tossing pine trees
Lulling a village to sleep
In the winter dusk.
(Richard Wright)
Après le déménagement, j’ai continué d’aller à l’école primaire de la ville de H. Le trajet était long, la sacoche était lourde. L’hiver, après la place de l’Octroi qui séparait les deux communes, la route du retour devenait sinistre. La rue des Murets était interminable avec sa rangée de maisons tristes trouée par des courées et, sur le côté opposé, son terrain vague aux herbes folles d’où pouvaient venir tous les dangers. Je préférais le côté des maisons, qu’un éclairage public faisait émerger de la nuit à intervalles réguliers. Dans les espaces non éclairés, je pressais le pas en guettant les ombres. Je commençais à me rasséréner quand j’apercevais l’angle que formait la boulangerie avec l’axe qui amorçait la rue où nous habitions désormais. La vitrine me semblait illuminée comme un phare. Courage ! Le port était en vue. Quand, enfin, je m’engageais dans notre nouvelle rue, le soulagement que je ressentais laissait de nouveau la place à un sentiment d’oppression au fur et à mesure que je m’éloignais du chaud rayonnement de la boutique. Il fallait encore marcher pendant plusieurs dizaines de mètres. Je m’enfonçais dans une espèce de couloir obscur en pente légèrement ascendante dont les parois reproduisaient à l’infini, jusqu’au point de jonction visuel de leurs deux lignes parallèles, les stries verticales correspondant aux portes et aux fenêtres. La rue, qui était pourtant longue, n’était éclairée qu’à ses deux extrémités et au milieu. J’avais pour ma part divisé le territoire de la rue en trois parties, de la plus familière à celle que je fréquentais le moins. Si je faisais souvent le trajet de la boulangerie à la maison, les deux autres tiers de la rue étaient le début d’un périple plus rare qui pouvait conduire jusqu’au centre de la ville d’A. Quand je jouais au Jokari, mon jeu se positionnait sur la fin du premier tiers et le début du second. C’était ce point-là que je fixais mentalement et que j’essayais de discerner dans la pénombre en tâchant d’oublier le poids de mon sac et la pesanteur de mon cœur. Je ralentissais le pas, je retrouvais de la force et du courage au moment de l’arrivée. La façade de la maison se rapprochait, me souriait. Quand je tournerais la clenche de la porte, je me glisserais dans son repli hospitalier, à l’abri du monde.

Loin de l’endroit où tant de rêves meurent
La mémoire entasse des heures
Au bord de l’eau
Les arbres pleurent
La montagne roule son dos
En haut une tête se penche
La face que l’on voit est blanche
(Pierre Reverdy)
Poudre de soi
tendres pensées aux pétales fragiles
corolle de l’âme en prière
que butinent des ailes de lumière
——-
Z
pluie d’orage
lueurs orange
son du canon
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Pluie d’été
vapeur verte
gouttelettes dorées
brume festive dans le jardin
_______
Fête
parfum des aubépines
tous les arbres sont en fleurs
le hêtre achève de déployer ses feuilles
_______
L’été
chant d’un oiseau
frondaison douce
brise légère
_______
Changement d’ère
le vent
en rafales
déroule de noirs dessins
_______
Dans un creux de la nuit
lucarne ouverte aux étoiles
lune scintillante
chevauchée de nuages
_______
Idyllique
clarté de l’eau
de l’air
de la nuit sous la lune
_______
(d’après une photo originale de Mooonalila)
(D’après BASHÔ, The Complete Haiku de Jane Reichhold, Éd. Kodansha International, 2008.)
53) kumo to hedatsu / tomo ka ya kari no / ikiwakare
séparée par les nuages / l’oie sauvage vit un moment éloignée / de son amie
Automne 1672. Certains experts assument que Bashô fait référence à son ami Magodayû, qui vivait à Iga. Le mot « kari » signifie soit « oie sauvage » soit « temporaire ».
237) shoshun mazu / saké ni ume uru / nioi kana
tout début du printemps / vendant du vin de fleurs de prunier / le parfum
À Take no Uchi, dans le comté de Kazuraki, vivait un homme. Il prenait grand soin de sa famille, employant de nombreux travailleurs qui cultivaient les rizières au printemps et récoltaient le riz en automne. Sa maison était emplie du parfum des fleurs de prunier, ce qui consolait et réconfortait les poètes affligés.
Printemps 1685. Ce brasseur de saké…
Voir l’article original 58 mots de plus
(cf pp. 411-420 de BASHÔ The Complete Haiku Ed. Kodansha Int., 2008 :)
AGEKU : Nom du dernier verset d’un renga. C’est le lien qui essaie de résumer le poème entier avec une référence qui renvoie au verset initial.
AWARE : La capacité d’un objet à toucher les émotions de quelqu’un, souvent avec du pathos ou de la tristesse. Votre drapeau natal possède « aware » ; celui, mieux conçu, d’un autre pays ne la possède pas.
BASHÔ : Bananier. Nom de plume du poète Matsuo Kinsaku, inspiré par son émerveillement devant cet arbre que lui avait offert un disciple. Il se situait à l’extérieur de la fenêtre de sa nouvelle maison, dans la banlieue de ce qui est aujourd’hui Tokyo, et il fut source de son inspiration. Bashô était Maître de renga, Poète des Poètes, Légende de la littérature japonaise.
CHÔKA : poème long, de structure en 5/7/5 – 7/7 unités…
Voir l’article original 290 mots de plus
Grand vent, 2013
Transparence, 2013
Tribord, 2013
Front de mer, 2013
Confins, 2013
Falaise, 2013
Route en hiver, 2014
Paysage portuaire, 2014
Flots, 2014
Village, 2014
Déclinaison, 2014
Ciel d’hiver, 2014
Miroitement de l’eau au crépuscule, 2014
(d’après une photo originale de Mooonalila)