volontaire

Réjouissances

Page sombre

(Récit en cours d’écriture)

     Il n’y avait pas de mouvements contestataires et sans doute aucune raison de vouloir s’opposer à l’Etat, aucun motif important de mécontentement. Les besoins primordiaux étaient largement satisfaits, personne ne restait inoccupé, les distractions étaient nombreuses, les fêtes collectives officielles ressoudaient régulièrement la communauté. A cette occasion, les gens pouvaient se livrer à certains débordements qui restaient contrôlés et organisés. Ces fêtes populaires auxquelles Martin faisait allusion évoquaient nos carnavals. Les déguisements y autorisaient des comportements exubérants et fantasques qui servaient à évacuer la tension accumulée au quotidien. En dehors de ces fêtes, les responsables de l’Etat prenaient soin tout au long de l’année du mental de leurs administrés (la notion de citoyen ne figurait pas dans la liste du vocabulaire politique). Une sorte de banquet était organisé tous les dix jours par des administrateurs de quartiers. C’était l’occasion de mettre en valeur les initiatives réussies des uns ou des autres pour entretenir la cohésion sociale, et de récompenser les habitants qui s’étaient particulièrement investis. On leur attribuait des insignes en fonction de leurs mérites et des subventions pour faire aboutir leurs projets. Les plus passifs applaudissaient béatement tout en savourant les mets délicieux et les breuvages spéciaux qui circulaient en abondance, servis par une escouade de jeunes majordomes volontaires des deux sexes recrutés dans les familles. Les yeux brillaient, les mines réjouies arboraient toutefois les signes d’un état extatique anormal dont Martin s’était rendu compte depuis le jour où Walter et lui avaient décidé, sans savoir exactement quel objectif ils poursuivaient, de se mettre en marge de leur communauté pour en observer les rouages…

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Schizophrénie

(fiction en cours d’écriture)

     Les analyses étaient simplistes, l’axe du Mal une fois de plus trop bien identifié, et le concept de guerre juste pour défendre les valeurs de l’Occident permettait d’occulter toutes les défaillances de celui-ci, ses erreurs et ses manquements, ses traîtrises et ses mensonges, ses guerres injustes, ses pillages et ses exactions notamment en Afrique et au Moyen-Orient, tout ce qui avait pu faire le terreau de la rébellion des autochtones et nourrir sa récupération par le fascisme ou le totalitarisme islamiste. Les victimes des attentats djihadistes ne méritaient pas un tel déni de la réalité. Pendant que la coalition occidentale bombardait Daech, la face noire du wahhabisme, elle commerçait avec sa face blanche, l’Arabie Saoudite et le Quatar, qui étaient pourtant depuis le dernier quart du vingtième siècle les inspirateurs et les propagateurs dans le monde de la version radicale de l’Islam. Les attentats du 11 septembre avaient été téléguidés par le Saoudien Ben Laden, les nouveaux monstres islamistes qui avaient pris la succession d’Al-Quaïda continuaient d’être financés par les Saoudiens, mais la schizophrénie des Occidentaux les amenait à entretenir d’excellentes relations diplomatiques avec les états de la Péninsule arabique diffuseurs du wahhabisme, malgré leurs atteintes aux libertés fondamentales et l’application stricte de la charia, notamment envers les femmes. Un tel aveuglement (fût-il en partie volontaire pour de fausses bonnes raisons économiques ou géopolitiques ayant trait aux réserves de pétrole possédées par ces pays), ou une telle folie, ne pouvait que favoriser le déchaînement et l’expansion de la barbarie sur toute la planète, comme une maladie contagieuse galopante sans riposte cohérente et globale. Le vingtième siècle était venu à bout du nazisme puis des totalitarismes de la guerre froide, nous allions nous révéler incapables d’endiguer les menaces qui surplombaient l’avenir du millénaire à peine commencé, mais nous ne le savions pas encore, prisonniers de nos dénis, de notre bêtise, de notre lâcheté…

     Drôle d’Histoire

     2055