haine

Sombre période

     La France s’enfonçait à son tour dans une sorte d’obscurantisme qui recouvrait peu à peu l’ensemble du monde. Des guerres de Cent ans continuaient de nourrir les rancœurs et de diffuser leurs poisons au Moyen-Orient, en Asie, sur tous les continents. Le conflit israélo-palestinien venait de connaître une nouvelle escalade, l’Iran et l’Arabie saoudite rivalisaient à couteaux tirés pour imposer leur hégémonie sur leur zone d’influence commune, la Chine et le Japon se disputaient de plus en plus âprement la propriété des eaux territoriales des îles Senkaku-Diaoyu, les Etats-Unis * d’Hillary Clinton continuaient de ne pas vouloir reconnaître l’annexion en 2014 de la Crimée par la Russie, et celle-ci, malgré son tropisme européen, se laissait tenter de plus en plus ouvertement par un rapprochement avec la Chine. Le monde basculait de nouveau et plus que jamais dans la méfiance, la peur et la haine de l’autre. Le mur de Berlin tombé en 1989 réapparaissait partout comme si ce qu’il avait pu représenter n’avait pas été coupé à la racine et que des ramifications s’étaient déployées en silence dans le sol sans que personne n’y prenne garde, dans l’aveuglement général d’une époque béate qui avait réinventé, pour emprisonner les gens, un novlangue non moins pernicieux que les anciennes idéologies du vingtième siècle.

     * Voir l’Avertissement en préambule à ce récit.

     Ecrit depuis l’avenir

     2064

Ecrire, parler, penser sont des actes

(Fiction en cours d’écriture…)

     J’écrivais dans un grand journal parisien. Comme tout rédacteur, je recherchais la clarté, que mes articles puissent être lus et compris par le plus grand nombre, mais il fallait aussi ne jamais oublier le second degré, utiliser et manier (manipuler?) les références, répondre aux exigences d’un lectorat cultivé appartenant aux catégories socio-professionnelles dites supérieures (sous quel angle?!)… Loin d’être naïf, mon style se conformait aux canons en vigueur, il en allait de la longévité de mon emploi, ma carrière était en jeu. Ecrire n’était pas innocent, ne l’a jamais été. A-t-on jamais dit clairement qu’écrire, penser, parler, sont des actes? De véritables actes au même titre que les actions concrètes, qui en entraînent d’autres dans une chaîne implacable de cause à effet? Un enchaînement d’incitations, de forces, de poussées dont la somme nous pousse inéluctablement vers tel ou tel résultat, telle ou telle situation. C’est mathématique, scientifique, ce sont les lois de la physique qui l’expliquent, et nos paroles, nos écrits, nos pensées, obéissent aussi aux lois de la physique, l’opposition entre la réflexion et l’action n’a pas de sens, l’absence de réflexion est un crime, le vide de la pensée est monstrueux. La mise en commun de nos intérêts et de nos égoïsmes personnels, une sorte d’équivalent de l’entité appelée par Adam Smith la main invisible du marché, aura donc eu pour conséquence cette somme monumentale d’erreurs qui nous ont  conduits au suicide collectif.  Avec leurs dizaines de millions de morts, les deux guerres mondiales du vingtième siècle n’avaient été que des répétitions générales avant la tragédie finale : « L’extinction de l’Humanité ». Triste histoire que la nôtre. Sa conclusion achève de montrer que l’émancipation de la condition animale ne nous avait pas dotés d’intelligence, mais de sottise et de haine.

     2065

     Ecrit depuis l’avenir