Monde à l’envers

Tyrannie sociale et serviteurs volontaires

Monde à l’envers

A-sociale? Sans doute, mais ce n’est pas ma faute, c’est la vôtre, oui, la vôtre, vous les médisants, les malveillants, les mal-intentionnés, vous bien sûrs de vous, bien installés, bien emballés, bien tamponnés, conformes et bien sous tous rapports, bien adaptés, bons pour le service, lisses, coulissants, huilés, brillants, luisants, lustrés, bien nourris, bien habillés, bien préparés, préfabriqués et travaillés, bonne pâte, croustillante, bonne à manger, au café du commerce, vous parlez pour ne rien dire, balivernes à avaler, conversations mondaines, people, traits d’esprit, flèches empoisonnées, promotions, la carotte et le bâton, considération, sidération, le premier venu, si… Si seulement? A votre bon cœur? Non, vous êtes trop… Au top du top, performants, gras et puissants, pourvus, rassasiés, méprisants, contempteurs, faibles avec les forts et durs avec les faibles, lâches, menteurs, profiteurs, imposteurs, indignes de vos places, le monde marche à l’envers, vous êtes nuls, au propre comme au figuré, dégagez, du balai, mais vous vous accrochez, à vos jouets, à vos hochets, vous avez le pouvoir et nous, nous sommes les a-sociaux, ce n’est pas notre faute, c’est la vôtre, oui, la vôtre, vous les bien-nés, vous qui avez de bonnes dents, une bonne élocution et une bonne déglutition, ne vous méprenez pas, nous ne vous envions pas, nous vous plaignons, tellement…

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Chaises musicales (complainte)

rideau porte fermée dehors dedans laissez-moi tranquille la paix rester seul-e personne ne plus voir personne ne regarder que ce rayon de lumière qui passe à travers un store poser les pieds sur le bureau s’absorber dans la contemplation des grains de poussière qui tournoient dans l’embrasure de la fenêtre rêver fuir le réel préférer la torpeur du songe à l’opacité tranchante des donneurs d’ordres ne plus être capable de tenir le rôle social du cadre opérationnel habile à compulser les dossiers fermer les yeux fermer la porte s’évader je suis au bagne ma vie ne m’appartient plus ne m’a jamais vraiment appartenu je n’en peux plus j’étouffe ouvrir la fenêtre appeler les oiseaux créer un appel d’air je me sens pris-e au piège depuis tant de temps pourtant moi aussi j’ai travaillé j’y ai cru je me suis défoncé-e j’avais un idéal justement panne d’idéal l’époque est mortelle l’époque est matérialiste l’époque est consumériste l’époque tue l’époque est méchante l’époque est bête l’époque est prétentieuse l’époque regarde son compte en banque l’époque est cruelle et moi je doute je ne sais plus rien je n’ai jamais su grand-chose on m’a déguisé-e on m’a fait porter des habits qui n’étaient pas les miens je ne le supporte plus je voudrais me rendre utile je me suis senti-e disponible on s’est moqué de ma naïveté on a cherché la faille on a cru la trouver on a cru l’élargir on a cru me disqualifier on a cru me tuer au moins symboliquement personne néant être ou ne pas être je ne veux pas me rendre je n’ai plus de force prête-moi ta plume, toi, l’autre, mon frère ou ma soeur, qui peut-être me comprend malgré tout malgré eux tous ces autres menaçants ces quidams provisoirement importants qui se gonflent comme des grenouilles ou des crapauds je me retire je n’en peux plus c’est désormais une question de vie ou de mort socialement je suis mort-e vous vous en foutez vous l’avez cherché vous dites même c’est bien fait vous trouvez toujours tout un tas de mauvaises raisons pour faire le mal le clodo là-bas évidemment que c’est de sa faute passez il n’y a rien à voir tout va bien dans le meilleur des mondes possible et tout au fond de votre coeur là honnêtement qu’en pensez-vous allez détendez-vous un peu de gentillesse ne fera jamais de mal à personne soufflez décontractez-vous je ne vous demande rien fichez-moi la paix la paix je vous dis rien je ne veux rien je disparais tranquillement et sur la pointe des pieds vous n’entendrez plus jamais parler de moi à moins que vous ne puissiez plus vous passer de votre souffre-douleur de votre faire-valoir passez votre chemin débrouillez-vous sans moi non je préfère ne pas vous raccompagner vous fermerez la porte derrière moi vous prendrez ma place vous jubilerez vous vous sentirez fort et dans le fond au plus profond de mon coeur je vous plaindrai je préfère ne pas me sentir à votre place

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Grand écart

Le monde social n’est guère habitable… J’en ai fait une expérience désastreuse… Ou plutôt plusieurs… À différentes époques de ma vie… Enfant, déjà… J’étais donc si peu disposé(e) à vivre dans ce monde?… À croire que nous sommes tous des extra-terrestres… Car non, je le sais, je suis peut-être un cas, mais pas tant que ça… Il y en a d’autres comme moi… Et même des célèbres, Jean-Jacques Rousseau par exemple… Ce que la plupart des autres supportent bien en apparence est en réalité insupportable… Pour presque tout le monde… Car je ne suis pas un cas… En tout cas pas tant que ça… Mais on m’a fait croire que… Et je n’avais pas assez de force en moi… Pour penser que mais non… Vous n’y êtes pas… Vous vous trompez… Sur moi comme sur d’autres et sur bien des choses… D’où vient votre apparente assurance?… Vous jouez bien la comédie… Et vous vous servez même de moi pour la conforter à vos propres yeux, la comédie… Vous n’êtes pas charitable… Vous aimez voir la faille en l’autre… En moi… Vous l’avez vue, je l’ai même cru… Que faire?… Quand on ne peut plus rien faire?… Quand on se sent anéanti?… Quand le regard des autres vous juge… Vous jauge… Comment se redresser?… Quand on n’a plus l’estime de soi-même?… Comment continuer de vivre?… Comment ne pas, ne plus se mettre en danger?… Quand plus rien ne retient, quand plus personne ne tend la main?… Non, vous n’êtes pas directement coupables, ou responsables… Je ne cherche pas à vous accabler… Je ne vous reproche pas mes malheurs… Mais pourquoi?… Pourquoi ai-je le sentiment que vous m’avez enfoncé-e?

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Fait d’hiver

Il fait froid, gris, je marche tête baissée, parfois je lève le nez pour regarder le ciel, la forme des nuages, je cherche une lueur, rien qu’une lueur, si peu, un peu de bleu qui me rappellerait tes yeux, si beaux, j’ai l’impression que tu me regardes, je délire, j’ai froid, je frissonne de fièvre, je parcours les rues en attendant la nuit, les gens de la maraude me donneront une couverture et une boisson chaude, et je m’endormirai, peut-être, un peu, et j’oublierai, peut-être, un peu, quelques instants, un moment, je rêverai, non, je ne sais plus rêver, je referai le même cauchemar, recroquevillée sur mon carton, dans l’entrebâillement d’une porte cochère, j’allumerai des allumettes, je fumerai lentement des cigarettes, je me cacherai pour me protéger car j’ai peur, j’ai peur du monstre froid qui m’a brisée, je ne comprends pas, je croyais, je pensais, est-il possible, il suffirait, tout au long des rues, pourquoi, je vois le regard des gens me traverser sans me voir, tout au long des rues, je suis invisible, pour eux, je n’existe déjà plus, combien de temps, errer, divaguer, je ne veux pas rentrer dans leurs cases, je suis libre, libre de refuser ce qu’ils croient bon pour moi, à ma place, ici et là, au moins, sur ce parcours, je garde l’illusion de choisir, de m’arrêter, sur ce banc, au pied de cet arbre, sous les fleurs des cerisiers, bientôt, car moi aussi je continue d’espérer le printemps, c’est encore chevillé quelque part, le goût du beau, l’espoir du mieux, sinon, je ne marcherais plus, non, je ne m’effondre pas, je m’appuie contre ce mur, cette façade, je glisse sur le sol, je m’assieds, je me couche, je m’endors… enfin… tes yeux qui me fixent, bleus comme le ciel au-dessus de moi…

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Durs temps

mots cris moqueries mots crise n’est plus le temps des cerises air de devant les guichets des banques air de pauvre hère avec formulaires pour les banques alimentaires et les crédits municipaux trois sous échangés contre au centime près des objets sentimentaux trop chers trop pauvre suis trop plein de maux dus au manque en miettes suis plus de dessert ni de dessertes dans le désert des espérances-désespérances déshérence des errances à coups et à cris non rien de bon rien de bon ne vient de ce vent mauvais qui souffle avec de plus en plus de violence sur les misérables gris pris au piège des injustices  

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