mots denses

Off

S’endormir
pour oublier l’√©quivoque de la vie
le quiproquo fondamental
le triangle équilatéral
l’incompr√©hension absolue
la quadrature du cercle
en comptant les étoiles
qui tournent en rond

 

Puissance évocatrice

¬†¬†¬†¬† De loin, sa silhouette √©tonne. Il est seul, para√ģt fragile. Sa pr√©sence absorbe l’espace, je ne vois plus que lui. Qui est-il? Je l’ignore. Je suis ici par hasard. Il continuera son chemin, je m’√©loignerai de mon c√īt√©. Si je ferme les yeux, si je d√©tourne la t√™te, d√©j√†, il s’efface. Et pourtant, il est. Il est cette pr√©sence insolite qui retient la lumi√®re, arr√™te le regard. Il est cette image immat√©rielle qui s’est fix√©e dans ma m√©moire, cette photo prise √† son insu un soir d’automne, ce vent l√©ger qui nous caressait le visage, cette lumi√®re un peu floue qui le rendait irr√©el. Il est. Il est plus que je ne saurais jamais √™tre √† moi-m√™me. Pr√©sence pure, mat√©rialit√© vivante qui a pour toujours incis√© le r√©el, musique du monde, coeur battant de la vie. Il est ce par quoi le n√©ant (n√© en) n’a pas de sens. Il est une apparition au d√©tour de ma route. Il est cette forme un peu √©trange, habill√©e de blanc, qui semble pouvoir s’envoler √† tout moment.

Silence

Silence, rien que le silence… Silence des couleurs, paysage monochrome et gris de l’√Ęme… Gris p√Ęle et presque doux. Douceur du silence accept√© et habit√©. Aujourd’hui, il ne s’est rien pass√©. Se peut-il qu’il ne se passe rien? Rien, presque rien n’a travers√© mon espace mental. Je ne me suis pas barricad√©e, je ne me suis pas retranch√©e. Je me suis laiss√© vivre au gr√© de mon souffle fatigu√©. Silence un peu saccad√©. Gris l√©g√®rement scintillant.

Caduque

Que se passe-t-il ?

Les feuilles mortes ne s’accumulent pas encore sur le sol, le soleil ne dispara√ģt pas encore avant le soir sous l’horizon, pour un peu, nous pourrions encore croire √† l’√©t√©. Que se passe-t-il ? Je me d√©tache de ce qui n’a jamais √©t√©, je ne suis plus (l’ai-je jamais √©t√© ?) ce que je n’ai jamais vraiment √©t√© m√™me parfois en √©t√©.

Que se passe-t-il ? Cette inflexion, cette inclinaison, cette courbure de l’esprit trop facilement suivie par des pens√©es obscures, envahissantes et tenaces comme du chiendent, ce serait cela, cela, la tonalit√© r√©elle de mon coeur, la musique profonde qui commande l’architecture de mon squelette ? Cela, c’est-√†-dire la mort ? Non pas la mort in√©vitable, la mort connue d√®s la naissance, mais la vraie mort, l’alt√©ration, la destruction de soi-m√™me ?

Modernité, technicité, efficacité

L’art et le monde sont désenchantés comme le Boléro de Ravel ou Je m’en vais de Jean Echenoz. De l’instrumentation, de l’orchestration, plus de musique.

Rêver, malgré tout?

Ecouter de la musique,

tzigane.

Plaine qui court

Des tons fauves, √©tal√©s sur les bas-champs inond√©s. A perte de vue la plaine qui court, et le ciel rempli d’amour qui fait pleuvoir l’azur. Etrange assemblage qui √©tonne le regard, titille l’√Ęme. L’eau s’est substitu√©e √† la terre, les saules ont d√©pos√© leurs pleurs sur les mar√©cages gel√©s. Sur les nappes immobiles, sur la v√©g√©tation fig√©e, sur les teintes uniform√©ment √©teintes, la lumi√®re r√©fract√©e fait flamber la vie. Dans ce reflet de l’√©t√© sur l’hiver, dans cet assemblage insolite d’√©l√©ments qui ne sont plus domestiqu√©s, l’√Ęme a reconnu le carrefour o√Ļ elle campe, en attendant l’√©ther √©ternel √©t√©…

Le prix √† payer

¬† ¬† ¬†Le parking de l’hypermarch√© est plein. Tout me semble trop grand et satur√©. Les all√©es sont bond√©es. J’abandonne mon caddie √† plusieurs m√®tres d’un rayon vers lequel j’essaie de me faufiler pour attraper un pot de confiture. Les courses. Parcours du combattant. Aucune possibilit√© de ne pas comprendre que je perdrai de l’argent si je n’ach√®te pas la promotion du jour, la sono est r√©gl√©e au maximum du supportable pour des tympans en bonne sant√©. Les mots du bateleur se gravent dans ma t√™te, me gavent. A la caisse, les gens sortent leur carte de fid√©lit√© et tous leurs bons de r√©duction. Patience. Le bateleur est cens√© me distraire par ses boniments, voire m’int√©resser par les annonces folles et les prix fous que sa voix r√©percute dans tout le magasin au moyen d’un¬† r√©seau¬† d’amplificateurs.¬† Je¬† l√®ve¬† les¬† yeux¬† pour reposer mon regard sur un espace vide d’acheteurs et de produits. Une pancarte tournoie au bout d’un fil.¬†Pour votre s√©curit√©, vid√©osurveillance

Points cardinaux

¬† ¬† ¬†Mes h√ītes d’un soir ont √©tabli leur demeure au centre du monde. Le nord du pays leur para√ģt mis√©rable, sinistre ou sinistr√©, et le sud m√©prisable, trop riche et d√©daigneux. Il est aussi question de l’Est, en termes qui ne sont pas √©logieux. A l’Ouest, les habitants se comportent comme de grands enfants mal √©lev√©s, ce qui, au vu du tableau g√©n√©ral, n’est certes pas, selon eux, le plus grave. Leurs paroles me font douter du centre, glisser vers les extr√™mes, perdre le Nord.